Arthur Chiron, observateur indépendant.


Observer, détourner, regarder. Le travail d’Arthur Chiron suit cette méthode, comme si ses œuvres étaient dictées par la nécessité d’un environnement.

Ce qui le guide dans son observation, et donc dans sa pratique, ce qui construit sa pensée c’est le module. Module modulaire comme le parpaing, module de fortune : réemploi d’ustensile de cuisine asiatique (hashiokis) et même dans sa pratique du dessin : le point, plus petit module donné, est utilisé pour bâtir paysages, objets, personnages. Ce goût pour le module laisse voir une partie des préoccupations d’Arthur : le stéréotype et son angoissante répétition. Il a compris qu’en prélevant l’élément juste et en le plaçant au bon endroit on changeait, modifiait à peu de frais un espace, comme cette colonne sans fin à Bruxelles qui souligne par sa symétrie l’aridité géométrique d’une rue.

C’est que cet artiste sait observer avec sincérité, c’est-à-dire sans plaquer de préjugés, en posant un diagnostic lucide sur son sujet pour en révéler, ici l’hypocrisie, comme dans 11 février 2005 une intervention sauvage avec retrait de la signalétique handicapée d’un musée ne tenant pas ses promesses. Ici les manques, comme dans Structure de fortune avec la mise en place d’une paroi dans un parking pour préserver l’intimité des clochards qui viennent s’y loger. Ici les possibles, comme dans Châtelain clandestin, avec l’appropriation domestique et clandestine de l’une des tours du château d’Angers.

Ses interventions tapent toujours juste. Elles nous mettent à distance de nos actions ou nos non-actions. Cette distance est la preuve d’une maturité dans l’expérience de la vie, comme dans le travail artistique.

Juliette Cortès
Commissaire indépendante